Itinéraire course à pied – comment je choisis mes boucles

Choisir un itineraire course à pied m’a demandé plus de réflexion que choisir mes chaussures, ce qui en dit long sur l’ordre de mes priorités. J’ai mis environ un an à trouver trois boucles qui me conviennent autour de Poitiers, et j’ai arrêté de chercher depuis.

Le faux problème de la nouveauté

J’ai cru longtemps qu’il fallait varier. J’ouvrais une carte avant chaque sortie, je traçais un parcours inédit, je me perdais une fois sur trois, et je passais le début de la séance à regarder mon téléphone plutôt que mes appuis.

Ce qui m’a fait changer, c’est une remarque d’un collègue coureur : lui refait le même parcours depuis six ans et sait exactement où il en est à chaque borne. Il ne court pas pour visiter.

J’ai testé pendant un mois. Même boucle, trois fois par semaine. Résultat, j’ai arrêté de penser au trajet et j’ai commencé à sentir des choses, comme le fait que je ralentis systématiquement au cinquième kilomètre, ce que je n’avais jamais remarqué en changeant de décor chaque fois.

Montre GPS au poignet pendant une sortie
La montre me sert surtout à comparer la même boucle avec elle-même.

Mes quatre critères pour un itinéraire course à pied

Dans l’ordre d’importance réelle, qui n’est pas celui que j’aurais donné il y a deux ans.

La sortie de chez moi. Si les huit cents premiers mètres sont en ville, avec trois feux rouges, je pars de mauvaise humeur et je ne me mets jamais en rythme. Mes trois boucles démarrent toutes par la même rue qui descend vers la rivière.

Le revêtement. Deux tiers de chemin, un tiers de bitume. Le bitume intégral me laisse les tibias douloureux au-delà d’une heure, le chemin intégral me demande une attention qui m’épuise. Le mélange tient sans que j’y pense.

Le point de non-retour. J’aime les boucles plutôt que les aller-retours, mais je veux pouvoir raccourcir. Mes trois parcours ont tous un raccourci à mi-chemin qui ramène en quinze minutes. Je l’ai pris quatre fois en deux ans, et savoir qu’il existe m’a fait sortir bien plus souvent que ça.

L’éclairage. Critère que j’ignorais complètement jusqu’à mon premier hiver, et qui décide en réalité de la moitié de mes sorties entre novembre et février.

Les outils, et ce qu’ils ne font pas

J’utilise les cartes de randonnée de l’IGN pour repérer les chemins, et une application de traçage pour mesurer la distance. Les parcours proposés automatiquement par les applications ne m’ont jamais rien donné d’utilisable : ils optimisent la distance et ignorent complètement les feux rouges, les trottoirs étroits et les passages qui font peur à la nuit tombée.

La connaissance locale vaut mieux que l’application, aussi. C’est un voisin qui m’a indiqué le passage sous la voie ferrée qui raccourcit ma boucle de huit cents mètres et m’évite un carrefour désagréable. Aucune carte ne me l’aurait montré comme praticable.

Le seul outil qui m’a vraiment servi, c’est la marche. J’ai repéré ma boucle principale un dimanche après-midi, à pied, avec le temps de voir où le chemin devenait boueux et où il n’y avait pas de lampadaire.

Les trois boucles, côté chiffres

Je les ai mesurées une fois pour toutes, et je ne les remesure plus :

Boucle Distance Chemin Éclairée Quand
Rivière 9 km 65 % En partie Mardi et jeudi
Plateau 6 km 40 % Oui Hiver, soirs sans lune
Grand tour 14 km 80 % Non Dimanche matin

Trois parcours couvrent à peu près tous les cas de figure de mon année : la sortie ordinaire, celle qu’on fait quand il fait noir, et celle qu’on fait quand on a le temps. J’ai arrêté d’en chercher un quatrième.

Ma boucle du mardi

C’est celle que je décris quand on me demande, parce que c’est la seule que je pourrais raconter les yeux fermés. Elle n’a rien d’extraordinaire et c’est précisément l’argument.

Neuf kilomètres, départ de chez moi, descente vers le Clain, six kilomètres de chemin le long de l’eau, remontée par les escaliers du coteau, retour par la rue. Deux cent dix mètres de dénivelé cumulé d’après ma montre, ce qui est modeste mais suffit à rendre le dernier kilomètre désagréable.

Le détail qui fait tenir cette boucle, c’est qu’elle ne passe à aucun moment par un endroit où je risque de croiser quelqu’un que je connais. Ça peut sembler asocial. En réalité, c’est ce qui me permet de sortir mal réveillé, mal habillé et de mauvaise humeur sans y réfléchir. Les deux parcours que j’ai abandonnés passaient tous les deux devant une terrasse de café.

Elle a aussi un défaut que j’ai mis un an à accepter : après de fortes pluies, les six kilomètres de chemin deviennent impraticables pendant trois à quatre jours. En novembre dernier j’ai insisté une fois, et j’ai fini la sortie avec deux kilos de boue sous les semelles et une cheville tordue dans une ornière. Depuis, je regarde les précipitations de la veille avant de choisir, ce qui est la seule consultation météo que je fasse encore.

Je la fais depuis dix-huit mois. Je la connais au point de savoir à quel arbre je vais commencer à souffrir. C’est précisément ce que je cherchais sans le savoir à l’époque où j’ouvrais une carte avant chaque sortie.

Et pour les jours où la routine pèse, j’ai le tapis dont j’ai déjà parlé, qui règle le problème dans l’autre sens, et une troisième boucle plus longue que je garde pour les dimanches où j’ai le temps. Si vous avez une boucle que vous refaites depuis des années, je serais curieux de savoir ce qui vous y retient. Je soupçonne que ce n’est jamais le tracé. Mes notes sur les chaussures disent à peu près la même chose : ce qui compte, c’est ce qu’on arrête de remarquer.