Chaussure de course – quatre paires usées en deux ans

Quatre paires en deux ans. Pour quelqu’un qui court trois fois par semaine sans ambition de chrono, c’est beaucoup, et ça s’explique mal par l’usure. Ça s’explique surtout par le fait que j’ai acheté ma première chaussure de course au hasard et que j’ai passé le reste du temps à corriger.

Paire 1 : l’achat au jugé

Prise dans une grande surface de sport, 59 euros, parce qu’elle était grise et que ma pointure était disponible. Aucun essai sérieux, trois pas sur la moquette du magasin.

Elle m’a duré huit mois et environ six cents kilomètres. Honnêtement, elle ne m’a pas blessé. Elle était lourde, la semelle s’est tassée d’un côté, et j’ai fini par avoir une gêne au genou droit dont je ne saurai jamais si elle venait d’elle ou de mes quarante kilomètres par semaine de l’époque.

Ce qu’elle m’a appris : à ce niveau de pratique, une chaussure correcte suffit. J’ai lu beaucoup de discours alarmistes sur le sujet. Ma première paire n’a rien cassé.

Paire 2 : l’erreur à 150 euros

Là j’ai voulu bien faire. Modèle avec plaque carbone, celui dont tout le monde parlait, acheté en ligne pendant les soldes à 150 euros au lieu de 230.

C’est une chaussure conçue pour aller vite. Je ne vais pas vite. Elle m’a donné la sensation de rebondir pendant exactement deux sorties, après quoi j’ai eu des douleurs aux mollets que je n’avais jamais eues. J’ai lu ensuite, dans un dossier de Runner’s World, que ces modèles modifient la sollicitation du mollet et du tendon d’Achille, et qu’ils demandent une adaptation progressive. Information qui aurait été utile avant l’achat et pas après.

Je l’ai revendue 80 euros. Perte sèche : 70 euros et trois semaines sans courir.

Semelle usée d'une chaussure de course, vue de dessous
L’usure de la paire 1, côté externe du talon. Le seul diagnostic que je sache lire.

Paire 3 et 4 : la chaussure de course ennuyeuse

Depuis, je prends le même modèle d’entraînement quotidien, sans technologie particulière, autour de 110 euros, renouvelé à peu près tous les huit mois. La paire 3 et la paire 4 sont identiques à une couleur près.

C’est ennuyeux et ça marche. Je n’ai plus de douleur, je ne pense plus à mes pieds en courant, et c’est à peu près tout ce que je demande.

Deux détails que j’ai fini par retenir, et qui n’ont rien de technique :

  • Prendre une demi-pointure au-dessus de sa pointure de ville. Le pied gonfle sur une sortie longue. J’ai perdu un ongle avant de comprendre ça.
  • Essayer en fin de journée, avec les chaussettes qu’on utilise réellement. Le pied du matin et celui de 18 h ne font pas la même taille.

Je garde aussi un œil sur le kilométrage, sans en faire une religion. Les fabricants annoncent entre 600 et 800 kilomètres de durée de vie pour une mousse d’entraînement. Mes paires tiennent plutôt dans le haut de cette fourchette, probablement parce que je ne suis ni lourd ni rapide. Je change quand la semelle extérieure laisse apparaître la mousse au niveau de l’avant-pied, pas à une date fixe.

Une chose que je n’avais pas anticipée : le même modèle change d’une année sur l’autre. Entre ma paire 3 et ma paire 4, pourtant vendues sous le même nom, l’avant-pied s’est resserré. J’ai mis trois sorties à comprendre pourquoi j’avais mal au petit orteil. Le conseil d’acheter deux paires du modèle qui va bien prend tout son sens là : il protège aussi contre une révision discrète du moule.

Le seul critère que je regarde encore

L’usage réel. Pas le drop, pas l’amorti annoncé, pas le poids.

Je cours sur du bitume, trois fois par semaine, entre huit et douze kilomètres, à une allure de promeneur pressé. Toute chaussure conçue pour autre chose que ça est une mauvaise chaussure pour moi, même si elle est excellente dans l’absolu. La paire carbone était un bon produit. Elle n’était pas pour mon usage.

Je ne sais pas évaluer une foulée, je ne sais pas lire une analyse de pronation, et je me méfie des magasins qui me vendent un diagnostic en trois minutes sur un tapis roulant. Ce que je sais faire, c’est regarder où ma semelle précédente s’est usée et choisir la suivante sans changer tout à la fois.

Ce critère a une conséquence que je trouve libératrice : la plupart des débats sur les chaussures ne me concernent pas. Je n’ai pas d’avis sur le minimalisme, je n’en ai pas davantage sur le maximalisme, et je n’ai aucune raison d’en avoir. Les gens pour qui ces questions comptent courent plus, plus vite, ou avec un historique de blessures que je n’ai pas. J’ai passé beaucoup trop de soirées à lire des discussions qui ne s’adressaient pas à moi.

Ce que je ferais différemment

J’achèterais deux paires identiques du modèle qui me va, en alternance. Plusieurs sources que j’ai croisées suggèrent que l’alternance laisse à la mousse le temps de reprendre sa forme. Je n’ai pas vérifié, et c’est exactement le genre d’affirmation dont je devrais me méfier davantage.

Et je garderais la première paire pour la pluie, au lieu de la jeter. Sur mes séances d’hiver en intérieur comme sur mes sorties de novembre, j’ai regretté vingt fois d’avoir une seule paire sèche.

Si vous avez trouvé votre modèle et que vous le rachetez les yeux fermés depuis des années, vous avez résolu un problème que j’ai mis deux ans et 300 euros à comprendre. Dites-moi lequel, par curiosité. Et jetez un œil à mon bilan sur la natation si vous aimez les récits d’erreurs.