VTT occasion – ce que j’aurais dû vérifier avant de payer

Un vtt occasion, sur le papier, c’est l’achat malin par excellence : le marché déborde de vélos peu roulés, revendus par des gens qui y ont cru six mois. J’en ai acheté un au printemps dernier pour les chemins autour de Poitiers. Je me suis fait avoir sur le seul composant que je ne savais pas inspecter.

L’affaire qui n’en était pas une

450 euros, suspension avant, freins à disque, cadre en bon état apparent. Le vendeur avait les factures, ce qui m’a mis en confiance plus que de raison.

J’ai fait le tour du vélo avec mes nouvelles compétences d’acheteur d’occasion, acquises sur mon vélo de route : chaîne, cassette, patins, roues. Tout allait bien. J’étais content de moi.

Je n’ai pas touché à la fourche. Je l’ai comprimée une fois, elle s’enfonçait, elle remontait, j’ai conclu qu’elle fonctionnait. Deux sorties plus tard elle ne remontait plus qu’à moitié et faisait un bruit de succion.

Devis : 190 euros de révision, ou 260 euros pour une fourche d’entrée de gamme neuve. Mon VTT à 450 euros en valait 640, et je n’avais toujours pas de pneus corrects.

Pourquoi la fourche est le piège

Parce qu’elle a l’air de marcher même quand elle ne marche plus. Une suspension dont les joints sont morts continue de s’enfoncer sous le poids : ce qu’elle ne fait plus, c’est amortir correctement et revenir à vitesse contrôlée.

Sur un parking, en appuyant avec les mains, personne ne voit la différence. Sur un chemin en descente, elle est flagrante.

C’est aussi le composant le plus cher du vélo après le cadre, et celui dont l’entretien est le plus souvent négligé. Le vendeur ne mentait pas, il ne savait pas non plus.

Établi d'atelier avec outils de réparation de vélo
L’atelier où j’ai appris le prix d’un joint spi.

Les six contrôles que je fais sur un VTT occasion

Dans cet ordre, debout à côté du vélo, avant toute discussion sur le prix :

  1. Les plongeurs de fourche. Ils doivent être propres et luisants, sans rayure verticale ni film d’huile. Une trace grasse en haut du joint annonce une fuite.
  2. Le rebond. On comprime franchement et on lâche. La fourche doit remonter de façon contrôlée, pas d’un coup sec ni au ralenti. La mienne faisait les deux selon l’humeur.
  3. Les roulements de direction. Frein avant serré, on pousse le vélo d’avant en arrière. Un claquement dans le tube de direction coûte entre 40 et 80 euros à régler.
  4. Les disques de frein. Voilés ou bleuis, ils ont chauffé. Fins au toucher, ils sont en fin de vie.
  5. Le jeu de pédalier. Manivelles à l’horizontale, on tire latéralement sur chacune. Ça ne doit pas bouger.
  6. Les numéros de série. Gravé sous le boîtier de pédalier, à comparer avec la facture. Le marché du vélo volé existe, et le marquage obligatoire des vélos neufs, en vigueur depuis 2021, ne couvre pas les modèles plus anciens.

Ce que ça change sur le prix d’annonce

Rien, tant qu’on ne négocie pas avec. Un contrôle qui ne sert pas d’argument est un contrôle inutile.

La deuxième fois, pour le VTT de ma compagne, j’ai signalé une fourche qui suintait et nous avons eu 80 euros de remise. La réparation en a coûté 120. L’écart est resté à notre charge, mais il était connu d’avance, ce qui change tout dans la façon dont on vit l’achat.

Ces six points prennent un quart d’heure et se font sans outil, à part éventuellement une lampe de téléphone pour regarder sous le boîtier de pédalier. Je les fais dans cet ordre précis parce que les deux premiers concernent la pièce la plus chère : s’ils échouent, le reste de la visite n’a plus d’objet et je repars.

Il y a un septième point que je ne sais pas faire et que je mentionne par honnêteté : juger l’état d’un amortisseur arrière sur un tout-suspendu. Je n’ai acheté que des semi-rigides pour cette raison. Si je devais passer au tout-suspendu, je paierais un contrôle en atelier avant achat plutôt que de me fier à mon jugement.

Est-ce que l’occasion reste une bonne idée

Pour un usage comme le mien, deux sorties par mois sur des chemins plats en bord de Clain, oui, sans hésiter. Je n’ai jamais eu besoin de la moitié de ce que ce vélo sait faire, et c’est probablement le signe que j’aurais pu descendre encore d’une gamme.

Pour un usage comme le mien, deux sorties par mois sur des chemins plats, oui. Un VTT neuf comparable coûtait 900 euros. J’en ai eu un à 640 tout compris, et j’ai appris à démonter une fourche en regardant quelqu’un le faire.

Pour quelqu’un qui descend vraiment, je ne saurais pas dire. Je n’ai pas le niveau, et un composant de sécurité mal évalué ne se rattrape pas en roulant doucement.

Il y a aussi un calcul de temps que personne ne fait. Entre les annonces consultées, les messages échangés, les deux déplacements pour rien et le passage à l’atelier, mon VTT m’a pris une bonne douzaine d’heures. À budget équivalent, un vélo neuf en magasin se règle en une heure. Pour moi ces douze heures ont été en partie agréables et en partie formatrices, mais quelqu’un qui déteste ça devrait les compter en coût.

Ma règle depuis : prévoir 40 % du prix d’annonce en budget de remise en état, et considérer que tout ce que je n’ai pas inspecté est hors service. Ça rend le calcul pessimiste et les surprises agréables, ce qui est l’inverse de ce que j’ai vécu les deux premières fois. Mes mésaventures sur les chaussures, racontées dans mon bilan de quatre paires en deux ans, suivent exactement la même courbe : la première fois on paie son apprentissage, et on n’apprend bien que ce qui a coûté.