Écouteur natation – six semaines de longueurs en musique

Un ecouteur natation, c’est le genre d’objet que j’ai longtemps rangé dans la catégorie gadget. Puis j’ai passé un hiver à compter mes longueurs en m’ennuyant ferme, et j’ai changé d’avis assez vite. Six semaines de test, et un résultat moins évident que ce que j’espérais.

Pourquoi j’ai craqué

Quarante minutes de bassin, c’est à peu près mille mètres pour moi, soit quarante longueurs dans un 25 mètres. Quarante fois le même carrelage. Je m’étais surpris à écourter des séances par pur ennui, ce qui est idiot quand on a fait l’effort de se déplacer.

Sur le vélo et en course à pied, j’ai de quoi occuper la tête : le paysage change, il faut regarder où on met les pieds. Dans l’eau, il n’y a rien. C’est probablement ce que j’aime le moins dans la natation, et c’est le point que je voulais régler.

Comment fonctionne un écouteur natation

Les modèles étanches sérieux n’utilisent pas d’oreillettes classiques : ils font passer le son par les os du crâne, en appui sur les pommettes. Les oreilles restent libres, ce qui règle en même temps le problème de l’étanchéité et celui du bouchon dans l’oreille.

Deuxième particularité, il n’y a pas de Bluetooth utilisable sous l’eau : les ondes radio ne traversent pas. L’appareil embarque donc sa propre mémoire, et on y transfère des fichiers depuis un ordinateur, comme en 2006. J’ai trouvé ça charmant pendant une demi-heure, puis fatigant.

Écouteurs de sport posés à côté d'un bonnet de bain
Le mien, posé sur le bonnet. Il se glisse dessous, sinon il part à la première poussée.

Ce que ça a changé

Les trois premières séances, beaucoup. J’ai nagé 1 400 mètres sans m’en apercevoir, ce qui ne m’était jamais arrivé. La sensation de temps qui passe est différente, et mes séances se sont allongées sans effort de volonté.

À partir de la quatrième semaine, l’effet s’est émoussé. Pas parce que l’objet marchait moins bien, mais parce que mon attention est revenue là où elle était avant. Je me suis remis à compter.

Et puis j’ai remarqué autre chose, que je n’attendais pas : avec de la musique, je nage moins bien. Je perds le rythme de respiration, je me cale sur le tempo du morceau au lieu de me caler sur mon souffle. Sur les séances où je travaille un point technique, comme celles que je décris dans mon bilan sur le programme natation, c’est franchement contre-productif.

Ce que je regarderais avant d’acheter

Cinq points, tirés de ce que j’ai découvert en utilisant le mien plutôt que d’une comparaison de modèles que je n’ai pas faite :

  1. L’étanchéité annoncée. Un indice de type IPX8 est le minimum pour un usage en bassin. En dessous, l’appareil est conçu pour la sueur et la pluie, pas pour l’immersion.
  2. La mémoire interne. Quatre gigaoctets suffisent très largement. Au-delà, on paie pour de la musique qu’on ne transférera jamais.
  3. Le type de fixation. Arceau derrière la nuque ou clip sur les branches des lunettes. Le premier tient mieux, le second se range plus facilement.
  4. L’autonomie réelle en lecture, pas en veille. Huit heures annoncées font souvent trois heures utiles sur un appareil de deux ans.
  5. Le format des fichiers accepté. Le mien refuse une partie de ma bibliothèque et je l’ai découvert après l’achat, en pleine conversion de fichiers un dimanche soir.

Les défauts que personne ne mentionne

Le son sous l’eau est correct mais sourd, et il se dégrade dès que la tête bouge. En crawl, à chaque respiration, l’appareil décolle d’un millimètre et le volume chute. C’est propre en apnée, irrégulier en nage réelle.

Le transfert des fichiers prend un temps absurde. Compter dix minutes pour une playlist, à chaque fois qu’on veut changer.

Dernier point, la tenue. Sous le bonnet, ça tient. Sans bonnet, j’ai perdu le mien au fond du grand bain à la deuxième séance, et le maître-nageur a été plus patient avec moi que je ne l’aurais été.

Dernière chose, qui relève du bon sens une fois qu’on y pense : en bassin public, on n’entend plus le maître-nageur. J’ai failli ne pas entendre une consigne de sortie de bassin un soir de fermeture anticipée. Depuis, je garde le volume assez bas pour percevoir un coup de sifflet, ce qui réduit encore l’intérêt de l’objet dans les heures chargées.

Je le garde ou pas

Je le garde, mais pas pour toutes les séances. Il sort quand je fais du volume tranquille et qu’il n’y a rien à travailler de particulier. Il reste au casier dès que la séance a un objectif technique.

Sur six semaines de test, ça donne à peu près une séance sur trois avec musique. La proportion s’est stabilisée toute seule, sans que je décide quoi que ce soit, et je la trouve honnête : l’objet répond à un besoin réel mais étroit.

C’est à peu près le même constat que pour le tapis de course : un outil qui règle un problème d’ennui, pas un problème de pratique. Formulé comme ça, il vaut son prix, qui était de 90 euros en promotion. Formulé autrement, il serait décevant.

Un dernier chiffre pour situer : sur les six semaines, j’ai nagé quatorze fois, dont neuf avec l’appareil. Mon volume moyen par séance est passé de mille à mille deux cents mètres, et il est redescendu à mille cent une fois la nouveauté passée. L’effet existe, il est réel, et il est beaucoup plus petit que ce que j’imaginais en déballant la boîte.

Si quelqu’un a trouvé un moyen de ne pas s’ennuyer en bassin sans musique, je suis preneur. Je soupçonne que la vraie réponse est de nager assez bien pour que ce soit intéressant, et je n’y suis pas encore.