Programme natation quand on nage mal – ce que j’ai tenté

Question bête que je me suis posée en enfilant mon bonnet, un mardi soir de janvier : à quoi sert un programme natation quand on ne sait pas nager correctement ? J’avais imprimé le mien, douze semaines, plastifié, scotché dans mon casier. Je l’ai abandonné deux fois avant de comprendre le problème.

Le programme natation que j’avais choisi

Trouvé sur un site de triathlon, structuré par semaines, avec des séries chiffrées. 8 × 50 m avec quinze secondes de récupération, ce genre de chose. Il avait l’air sérieux, il était gratuit, et surtout il me donnait l’impression de savoir ce que je faisais en arrivant au bord du bassin.

Le problème est apparu à la troisième séance. Je n’arrivais pas à tenir les temps de repos parce que je n’arrivais pas à tenir les 50 mètres. Je m’arrêtais au bout de 35 mètres, je soufflais vingt secondes, je repartais. Sur le papier je faisais 8 × 50. Dans l’eau je faisais autre chose, et je n’aurais pas su dire quoi.

Lunettes de natation posées sur le rebord du bassin
Le matériel n’a jamais été mon problème.

Pourquoi ça ne pouvait pas marcher

Un programme chiffré suppose qu’on sache déjà faire le geste. Il travaille le volume et l’intensité sur une technique existante. Moi je n’avais pas de technique : j’avais une nage de survie héritée de la piscine municipale de mon enfance, le menton trop haut, les jambes qui coulent, une respiration prise dans l’urgence tous les deux mouvements.

Augmenter le volume là-dessus, c’est répéter une erreur plus souvent. Je l’ai compris en regardant une vidéo d’analyse technique où un nageur filmé de côté avait exactement ma position de tête. Le commentaire disait que cette position fait plonger les hanches et transforme le corps en frein. Ça m’a fait un drôle d’effet de me voir expliqué comme ça.

Je précise que je ne suis pas qualifié pour affirmer que c’est la cause de mes difficultés. C’est une lecture qui colle à ce que je ressens dans l’eau, rien de plus.

Ce que j’ai fait à la place

J’ai arrêté de compter les mètres pendant deux mois. À la place, une seule consigne par séance, et une seule.

Semaine après semaine, ça a donné : regarder le fond du bassin plutôt que devant, puis souffler sous l’eau en continu au lieu de bloquer, puis allonger le bras avant de tirer, puis arrêter de battre des jambes comme un moulin. Quatre consignes sur huit semaines. Trois séances par semaine, quarante minutes, sans chronomètre.

Ce n’est pas un plan, et je ne le propose à personne comme tel. C’est ce qui m’a permis de faire mes premiers 400 mètres sans m’arrêter, en mai, après six ans de tentatives. Quelqu’un d’autre aurait peut-être eu besoin de l’inverse.

Les quatre consignes, dans l’ordre où je les ai prises

Je les remets ici parce qu’on me les a demandées, pas parce que je pense qu’elles valent pour tout le monde :

  1. Regarder le fond du bassin. Deux semaines. C’est la seule qui a produit un effet immédiat et visible : mes jambes ont cessé de traîner derrière moi.
  2. Souffler sous l’eau en continu. Trois semaines, la plus difficile. Je bloquais ma respiration sans le savoir et je me retrouvais à devoir expirer et inspirer dans le même quart de seconde.
  3. Allonger le bras avant de tirer. Deux semaines. Celle dont je suis le moins sûr d’avoir compris l’intérêt, honnêtement.
  4. Battre des jambes moins fort. Une semaine, et un gain d’endurance immédiat. Je dépensais une énergie considérable pour avancer à peine plus vite.

Chaque consigne était travaillée sur toute la séance, y compris en nageant lentement et mal. Je ne cherchais pas à aller vite, je cherchais à répéter un geste jusqu’à ne plus y penser. Les semaines où j’ai voulu travailler deux choses à la fois n’ont rien donné.

Ce que je garderais d’un programme

La régularité, qui reste la seule chose que les plans font bien : trois créneaux dans la semaine, écrits quelque part, non négociables. Le reste de la structure m’a desservi tant que la technique n’était pas là.

Je garderais aussi l’idée de noter ce qui s’est passé. Pas les temps, que je ne prenais pas, mais une ligne par séance dans un carnet : ce que j’ai travaillé, ce que j’ai senti, ce qui a coincé. En relisant six mois plus tard, j’ai vu des choses invisibles sur le moment, comme le fait que mes mauvaises séances tombent presque toujours le lendemain d’une sortie vélo longue.

J’ai repris des séries chiffrées depuis le printemps, et cette fois elles fonctionnent. La différence n’est pas le programme : c’est que je tiens maintenant une longueur sans me débattre. L’ordre des choses comptait plus que leur contenu.

Même constat que pour mon vélo de route d’occasion, où j’avais regardé le prix sans regarder l’usure : je m’attaque régulièrement au mauvais bout du problème. Et comme pour le tapis de course, l’outil n’était pas en cause, c’est l’usage que j’en faisais qui ne tenait pas debout.

Ce que je teste en ce moment

Un créneau le matin avant le bureau, à 7 h, parce que la piscine est vide et que je peux faire des éducatifs ridicules sans public. Trois semaines pour l’instant. Je me lève difficilement et j’ai raté deux séances sur neuf.

Ce que je surveille sur ce créneau matinal, c’est la tentation d’en faire un objectif en soi. Se lever tôt donne un sentiment de mérite qui n’a rien à voir avec la qualité de la séance, et j’ai déjà nagé quarante minutes épouvantables en me félicitant d’être venu.

Si vous avez appris à nager correctement à l’âge adulte, je veux bien savoir par quoi vous avez commencé. J’ai l’impression d’avoir perdu cinq ans à chercher dans le mauvais ordre.