Vélo de route d’occasion – deux ans après l’achat

Mon velo de route, je l’ai acheté sur un parking de supermarché à Niort, un samedi matin, à un type qui arrêtait le vélo pour cause de genou. Six cent vingt euros, cadre aluminium, groupe milieu de gamme, 2016. Deux ans plus tard je roule toujours dessus, et je sais enfin ce que cette affaire valait.

L’achat, et ce que je n’ai pas vérifié

J’ai regardé le cadre, les roues, la selle. J’ai fait trois cents mètres sur le parking en me sentant très compétent. Je n’ai pas regardé l’usure de la chaîne, l’état des patins, ni la date des câbles.

Le vendeur était honnête, pour ce que j’en sais : il m’a signalé de lui-même que la roue arrière avait pris un coup. Mais honnête ne veut pas dire exhaustif, et il ne savait probablement pas lui-même dans quel état était sa transmission.

Trois mois plus tard, la chaîne sautait sur deux pignons en montée. Un mécanicien m’a expliqué qu’une chaîne usée mange la cassette, et qu’à un certain stade on ne peut plus changer l’une sans l’autre. Facture : cent quarante euros. Mon vélo à 620 euros en coûtait 760.

Transmission d'un vélo de route, cassette et chaîne
La pièce que je n’ai pas regardée, et la seule qui m’a coûté de l’argent.

Ce qui a tenu sans rien demander

Le cadre, d’abord. Il a deux éraflures et une petite bosse sur le tube supérieur, héritées d’avant moi. Il n’a pas bougé. L’aluminium d’un vélo de route de cette gamme n’a aucune raison de se fatiguer en deux ans chez un pratiquant du dimanche qui fait quarante kilomètres par semaine.

Les roues, ensuite, après un passage chez le mécanicien pour un dévoilage à trente euros. Elles sont lourdes. Elles tournent.

Le pédalier et les manettes n’ont rien eu. Sur un vélo de 2016, les pièces qui s’usent sont celles qui frottent, et ce sont rarement les plus chères à remplacer isolément. Le piège, c’est l’effet domino de la transmission.

Ce que je vérifie maintenant sur un velo de route d’occasion

Je suis allé lire la méthode de contrôle d’usure de chaîne sur le site de Park Tool, qui vend l’outil en question et détaille la mesure. Un vérificateur d’usure coûte une quinzaine d’euros. J’en ai un maintenant. Il tient dans une poche.

Le reste de ma check-list tient en cinq gestes que je fais avant de sortir le portefeuille :

  1. Mesurer l’usure de la chaîne. Trente secondes avec l’outil. C’est le seul contrôle qui m’aurait fait économiser cent quarante euros.
  2. Faire tourner chaque roue à la main, oreille près du moyeu. Un grésillement régulier signale des roulements fatigués.
  3. Pincer les rayons deux par deux. Une tension très inégale annonce un voile, donc un passage à l’atelier.
  4. Serrer les freins à fond. Si le levier touche le cintre, ce sont au minimum des câbles, au pire autre chose.
  5. Regarder l’épaisseur des patins et la gorge d’usure dessus. Dix euros la paire, mais ça indique comment le vélo a été suivi.

Rien de tout ça ne demande de compétence particulière. Il faut juste savoir que ça existe, ce qui n’était pas mon cas. Je compte à peu près dix minutes pour l’ensemble, et je les prends maintenant même quand le vendeur s’impatiente, parce que les deux fois où j’ai eu honte de faire attendre quelqu’un m’ont coûté de l’argent.

Un détail que j’ajoute depuis peu : demander à rouler cinq cents mètres en changeant toutes les vitesses, une par une, en montant et en descendant. Un dérailleur mal réglé se règle ; un dérailleur tordu se remplace. Sur un parking plat et en restant sur le même pignon, les deux cas sont rigoureusement identiques.

Le calcul que je n’avais pas fait

Un vélo de route neuf équivalent tournait autour de 1 100 euros à l’époque. J’ai payé 760 euros tout compris, garantie en moins et deux ans d’usure en plus. L’économie est réelle, mais elle est de 30 % et non de 45 % comme je me l’étais raconté.

Ce que j’ai gagné d’autre, en revanche, ne se chiffre pas : j’ai appris à démonter une roue, à régler un dérailleur arrière de travers, à remplacer des patins. Un vélo neuf sous garantie ne m’aurait rien appris du tout, parce que je l’aurais rapporté au magasin au premier bruit suspect.

Ce que j’ai lu sur l’entretien de base vient pour l’essentiel de la fiche encyclopédique sur le vélo de route et de vidéos d’atelier. Je n’ai aucune formation en mécanique, et quand une réparation me dépasse, je paie quelqu’un.

Ce que deux ans d’usage ont changé

Le vélo a fait environ trois mille kilomètres avec moi, presque tous entre avril et octobre, sur des routes de campagne plates de la Vienne. Ce n’est pas un gros kilométrage, et ça explique sans doute pourquoi si peu de choses ont lâché.

J’ai changé la selle au bout de six mois, parce que celle d’origine me faisait mal au bout de quarante kilomètres. Soixante euros, et c’est le meilleur achat que j’aie fait sur ce vélo. J’ai aussi remplacé les pneus d’origine, usés jusqu’à la trame côté arrière, par une paire plus résistante à cinquante euros les deux. Depuis, deux crevaisons en un an contre cinq l’année d’avant.

Ce que je n’ai pas touché : la position. Je l’ai réglée approximativement le premier jour, en recopiant une vidéo, et je n’y suis jamais revenu. C’est probablement la plus grosse lacune de mon équipement actuel. Les réglages de position se font normalement avec quelqu’un qui regarde pédaler, et je n’ai jamais pris ce rendez-vous. Je me contente de savoir que ma hauteur de selle est à peu près correcte parce que je n’ai pas mal aux genoux.

Est-ce que je recommencerais

Oui, mais avec cent euros de budget mis de côté pour la remise en état, parce qu’il y en a toujours une. Et en partant du principe qu’un vélo d’occasion ne coûte jamais ce qu’il est affiché.

Le tapis de course dont je parlais dans mon retour sur trois hivers en intérieur m’avait appris la même chose dans l’autre sens : j’avais trop réfléchi à l’encombrement et pas assez à l’usage. Ici, j’avais regardé le prix et pas l’usure. À chaque fois, je pose la bonne question trop tard.

La même erreur de priorité se retrouve dans mes quatre paires de chaussures en deux ans. Prochaine étape, je regarde du côté des roues. Les miennes pèsent un âne mort et c’est apparemment là que se trouve le gain le plus net sur un vélo de cette génération. J’en reparlerai quand j’aurai essayé.